Une nouvelle fois, la date butoir du Brexit a été repoussée au 31 janvier 2020 après la validation du report par l’Union Européenne. Après moult rebondissements, Boris Johnson a enfin obtenu l’accord du parlement pour organiser de nouvelles élections législatives le 12 décembre. Il est fort probable que cette 3ème élection depuis 2015 se transforme en quasi référendum sur l’appartenance à l’Union Européenne. Si les derniers sondages donnent une confortable avance de 15% aux conservateurs, leur fiabilité a été rudement éprouvée et on ne peut pas exclure la formation d’un nouveau parlement toujours aussi divisé

ACTIONS EUROPÉENNES

Les marchés ont vécu au rythme des publications trimestrielles sur le début de semaine, avec des forts écarts dans les deux sens. Au sein du secteur bancaire, les résultats décevants d’HSBC ou de Lloyds ont pesé sur les banques anglaises. Santander a également décroché suite à la publication de résultats du 3ème trimestre inférieurs aux attentes du consensus, impactant les banques du Sud de l’Europe. Dans ce contexte, d’autres résultats pourtant de bonne facture  n’ont pas été très bien reçus, notamment chez Crédit Suisse. Les équipementiers automobiles ont également souffert, alors que Pirelli a abaissé à nouveau ses guidances 2019. Le Health Personal Care a en revanche profité des excellents chiffres de L’Oréal, qui bondit après avoir affiché sur le 3ème trimestre la plus forte croissance des dix dernières années, grâce à un marché de produits de beauté qui reste dynamique avec une pénétration accrue des marques du groupe, notamment dans le luxe. Airbus s’est bien repris malgré la déception sur ses livraisons annuelles, le marché saluant l’énorme commande d’Indigo. Safran délivre également un bon nouveau trimestre et confirme ses perspectives 2019 avec une croissance organique pour l’année de 10%. Du côté des transformations d’entreprises, le début de semaine a été marqué principalement par deux annonces : celle de l’entrée en négociations exclusives entre Peugeot et FCA a permis aux titres de grimper. Les deux groupes ont convenu d’œuvrer à une fusion 50/50 de leurs activités. LVMH de son côté a confirmé qu’il avait soumis une offre de rapprochement à Tiffany et que des discussions étaient en cours. Cela permettrait d’augmenter le poids de la joaillerie dans la génération de profits du groupe, ainsi que sa présence aux États-Unis. Enfin, Atos accélère son désengagement de Worldline. Après la distribution à ses actionnaires en mai dernier, Atos a annoncé un placement complémentaire auprès d’investisseurs institutionnels, et conservera environ 13% de son capital. 

ACTIONS AMÉRICAINES 

Nouvelle semaine dans le vert pour les marchés américains, le S&P 500 et le Nasdaq sont en hausse de respectivement 1,41% et 1,93%. La Réserve Fédérale a annoncé une baisse de ses taux directeurs de 0,25 points de base en indiquant un marché du travail fort, une croissance économique modérée, et une consommation qui augmente à un rythme soutenu.  Au niveau économique, le PIB américain ralentit à 1,9%, mais bat largement les anticipations des économistes qui étaient de 1,6%. Il est principalement soutenu par la robustesse de la demande des consommateurs avec une croissance de 2,9% et par un retour de l’investissement résidentiel à 5,1%. En revanche, les dépenses d’investissement des entreprises sont en berne de 3% alors que leur activité mesurée par la propriété intellectuelle progresse de 6,6% (software et R&D). Ce décalage se retrouve également dans les prévisions de PIB pour 2020, selon que les modèles utilisent les enquêtes d’opinion ou les données de politique monétaire, fiscale et de crédit : 0,8% de croissance versus 2%. Pour autant, le ralentissement de la croissance américaine est notable depuis le dernier meeting de la Réserve Fédérale en septembre dernier. Le secteur des services, les commandes de biens durables et les ventes de détail faiblissent, ce qui explique la décision de la Réserve Fédérale de couper les taux de 25 points de base comme largement anticipé par le marché. La banque centrale américaine signale clairement une pause dans son ajustement des taux, en précisant que leur niveau est désormais « approprié » étant donné l’évaluation « positive » de la situation, le faible niveau de l’inflation et les risques pesant sur le commerce mondial. Si les déclarations d’apaisement sur les relations sino-américaines se multiplient, la croissance chinoise demeure très faible, avec un maintien du PMI manufacturier en territoire récessif à 49,3 et une relance du crédit insuffisante. Mais les investisseurs restent optimistes en se concentrant sur l’effet conjugué de la baisse du risque géopolitique et du maintien de la politique monétaire accommodante. Ainsi, les actions américaines ont de nouveau atteint des records historiques, avec une performance de 21% depuis le début d’année pour le S&P 500, et plus de 350% depuis les points bas de 2009 malgré la dégradation de la croissance économique mondiale. Les Fed Fund rates sont redevenus inférieurs au rendement du taux américain à 10 ans pour la première fois depuis mai, laissant présager la fin d’une politique monétaire restrictive. La courbe des taux a retrouvé sa pente ascendante après une inversion de plusieurs mois. Concernant les rendements obligataires, le taux américain à 10 ans s’est établi en baisse à 1,78. Au niveau macro, le PIB du 3ème trimestre américain s’établit à 1,9% et bat le consensus de 1,6%. Les dépenses de consommation affichent une moyenne annuelle de 2,9%, au-dessus de sa moyenne historique de 2,4%. Le pétrole WTI recule légèrement de 0,9% tandis que l’or augmente de 0,4%. En ce qui concerne les secteurs, huit des onze secteurs de l’indice S&P 500 ont clôturé la séance en territoire positif sur la semaine. Á noter, les secteurs de la technologie (+3,67%), de la santé (2,59%) et des matériaux de base (+2,37%) ont joué le rôle de chef de file, tandis que les secteurs de l’énergie (-1,98%), de l’immobilier (-1,66%) et des utilities (-1,04%) ont affiché les plus forts reculs. Á propos des entreprises, 60% ont publié leurs résultats et parmi elles 80% ont dépassé les attentes en termes de bénéfices par actions. Le joaillier américain Tiffany fait l’objet d’une offre de rachat à 100% en cash de la part du leader mondial du luxe LVMH. Sur la base d’un prix à 120 dollars américains par titre, la prime offerte est de près de 30% sur le dernier cours coté. Le titre bondit de 34% sur les 5 dernières séances, les investisseurs tablant sur un relèvement du prix ou sur une contre-offre. 

ACTIONS JAPONAISES 

Les actions japonaises se sont de nouveau bien comportées, alors que les incertitudes à l’égard du conflit commercial sino-américain et le risque d’un Brexit sans accord se sont atténués, et que le yen est resté stable par rapport au dollar américain. L’indice TOPIX a gagné 1,13% sur la semaine (cours du jeudi 31 octobre à la clôture). Les entreprises ayant revu à la hausse leurs prévisions de bénéfices pour l’exercice 2019 ont nettement progressé, les titres de Fujitsu et Sony s’appréciant de 6,77% et 4,93% respectivement. Durant le mois, un rebond du marché a dans un premier temps été alimenté par les rachats d’actions de grandes capitalisations par les investisseurs, avant que les valeurs des petites capitalisations affichant de solides fondamentaux ne regagnent progressivement du terrain. Compte tenu de la vigueur de l’environnement de marché, la Banque du Japon a décidé de ne pas assouplir davantage sa politique monétaire à l’issue de sa réunion qui s’est tenue les 30 et 31 octobre. Toutefois, le gouverneur Haruhiko Kuroda a également laissé entendre qu’un assouplissement restait envisageable si besoin, en révisant ses orientations prospectives sur le taux directeur. La saison de publication des résultats pour le 2nd semestre de l’exercice 2019 (avril-septembre) bat son plein. Si certaines entreprises ont rendu compte de chiffres décevants, l’attention des investisseurs semble davantage porter sur l’amélioration des prévisions de bénéfices pour le prochain exercice plutôt que sur les révisions à la baisse de cette année. 

MARCHÉS ÉMERGENTS 

Les marchés émergents ont progressé de 0,5% cette semaine (cours du 30 octobre à la clôture), le Brésil et l’Inde ayant particulièrement surperformé les autres pays (avec une hausse de 1% et 2,5% respectivement). Alors que le sommet de l’APEC, qui devait se tenir au Chili a été annulé, les dirigeants chinois ont proposé à leurs homologues américains de se rencontrer à Macao afin de finaliser la « phase 1 » de l’accord commercial. En Chine, le président Xi Jinping a déclaré que le pays devait intensifier ses efforts de recherche et de développement de la technologie blockchain afin de relancer le secteur privé et d’accélérer la digitalisation de l’économie. 
À Hong Kong, l’économie est entrée en récession technique, le PIB ayant reculé de 2,9% en glissement annuel au troisième trimestre 2019 en raison de la poursuite des manifestations.
En Corée du Sud, Samsung SDI a publié des résultats en deçà des estimations, en raison du report de la normalisation du système de stockage de l’énergie national et de ventes de petites batteries plus faibles que prévu. En Inde, les ventes au détail de Jaguar Land Rover, une filiale de Tata Motors, se sont inscrites en hausse de 24% au troisième trimestre en Chine. Sur le plan macroéconomique, la Cour suprême indienne a ordonné aux opérateurs téléphoniques de payer 920 milliards de roupies (13 milliards de dollars américains) au gouvernement pour l’utilisation passée du spectre de radiofréquence ainsi que les redevances. Au Brésil, la Banque centrale a de nouveau réduit ses taux d’intérêt de 50 points de base. Les chiffres du crédit sont particulièrement encourageants pour les banques privées, avec une accélération de 13,9% en glissement annuel. Concernant les résultats, Santander et Bradesco ont rendu compte de résultats solides et conformes aux estimations des analystes. En Argentine, l’actualité a été marquée par la victoire d’Alberto Fernández à l’élection présidentielle, suite à laquelle la Banque centrale a décidé de renforcer les contrôles des devises et de limiter les achats mensuels de dollars par les épargnants à 200 dollars américains, contre 10 000 auparavant. Les investisseurs portent désormais leur attention sur la constitution du gouvernement et les négociations avec le FMI.